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Promoteur en difficulté pendant votre VEFA : que se passe-t-il et comment protéger votre achat

Promoteur en difficulté en VEFA : garantie d'achèvement, mise en demeure du garant, déclaration de créance. Le mode d'emploi étape par étape.

Promoteur en difficulté pendant votre VEFA : que se passe-t-il et comment protéger votre achat

Un promoteur en difficulté ne fait pas disparaître votre argent ni votre appartement : la garantie financière d’achèvement ou de remboursement, obligatoire et souscrite par le promoteur auprès d’une banque ou d’un assureur, prend le relais pour faire terminer le chantier par une autre entreprise ou pour vous restituer les sommes versées. Toute la difficulté est de savoir laquelle des deux garanties couvre votre programme, comment la déclencher, et ce que vous devez faire pendant les mois où le chantier est arrêté. La suite se lit dans l’ordre : l’engrenage judiciaire, la vérification avant signature, la mise en jeu de la garantie, le sort de vos appels de fonds et de votre crédit.

Ce qu’il faut retenir

  • La garantie financière d’achèvement ou de remboursement est obligatoire : elle prend le relais du promoteur défaillant, soit en faisant terminer le chantier, soit en restituant les sommes versées.
  • La garantie extrinsèque, portée par une banque ou un assureur, protège réellement ; la garantie intrinsèque ne joue que si l’immeuble est hors d’eau et sans gage, ou si les fondations sont achevées et 75 % du programme bloqués sur un compte dédié.
  • Ne suspendez jamais un appel de fonds de votre propre initiative : demandez l’état d’avancement, écrivez au notaire pour bloquer les libérations, puis motivez par écrit.
  • Déclarez votre créance au mandataire liquidateur dans le délai fixé par le jugement d’ouverture, même si le garant vous rembourse, car le remboursement opère une subrogation.

Promoteur en difficulté pendant votre VEFA : l’engrenage, étape par étape

La défaillance d’un promoteur suit une séquence codifiée. C’est cette séquence, et non le mot employé dans la presse, qui détermine vos droits.

Cessation de paiement

Le promoteur ne peut plus régler ses dettes échues avec sa trésorerie disponible. Le dirigeant doit alors saisir le tribunal dans un délai légal court. Retenez la date à laquelle remontent les difficultés plutôt que le seul mot de liquidation : cette date conditionne ce qui pourra être reproché à la direction, donc ce que vous pourrez un jour faire valoir.

Redressement, puis liquidation

En redressement judiciaire, l’activité continue sous contrôle, un administrateur est désigné, le chantier peut repartir et les appels de fonds restent dus. En liquidation judiciaire, l’activité cesse, un mandataire liquidateur est nommé, et la garantie d’achèvement ou de remboursement devient votre seul levier réel.

Ce que vous observez avant tout document officiel

Grue démontée, bennes retirées, sous-traitants du gros œuvre qui quittent le site faute d’être payés, gardiennage qui s’arrête, appels de fonds qui se raréfient ou au contraire s’accélèrent anormalement. Ces signaux ne remplacent pas un jugement, mais ils justifient de faire constater l’arrêt du chantier par un commissaire de justice.

La société qui a signé n’est pas toujours la maison mère

Beaucoup de programmes sont portés par une SCI de promotion dédiée à l’opération. Si elle tombe, seuls les acquéreurs de ce programme sont concernés et le groupe peut être en bonne santé. Vérifiez l’entité exacte inscrite au contrat de réservation avant de paniquer, ou de vous rassurer trop vite.

Vous êtes déjà propriétaire, pour partie

Le promoteur reste maître d’ouvrage jusqu’à la réception, mais le transfert progressif de propriété vous rend propriétaire des fractions construites au fur et à mesure des paiements. C’est ce qui explique qu’un immeuble inachevé ne soit pas une coquille vide juridiquement abandonnée.

Avant ou après la réception : deux régimes distincts

Avant la réception, tout raisonne en garantie financière d’achèvement ou de remboursement. Après la réception, le régime bascule sur les garanties légales de construction et l’assurance dommages-ouvrage devient l’interlocuteur central. Et l’ouverture d’une procédure collective n’annule rien par elle-même : la vente est résolue si le garant, faute d’achèvement, opte pour le remboursement des sommes versées plutôt que pour la reprise du chantier. C’est de cette décision, et de la date à laquelle vous la déclenchez, que dépend la suite.

Chantier immobilier arrêté et bennes retirées, signaux d'alerte d'un promoteur en difficulté
Chantier immobilier arrêté et bennes retirées, signaux d’alerte d’un promoteur en difficulté
Attestation de garantie financière d'achèvement et contrat de réservation VEFA sur un bureau
Attestation de garantie financière d’achèvement et contrat de réservation VEFA sur un bureau

Les signaux d’alerte à vérifier avant de signer : la due diligence qui vous protège

Cette vérification se fait pendant qu’il est encore possible de renoncer sans frais. Elle sert aussi à celui qui a déjà signé pour mesurer ce qu’il aurait dû contrôler.

  • Les comptes déposés au greffe du tribunal de commerce. Ancienneté de la société, capital social, résultat des deux derniers exercices, niveau d’endettement. Un capital symbolique sur une structure récente n’est pas un signal suffisant à lui seul, mais un résultat négatif répété sur une société qui porte plusieurs dizaines de logements doit déclencher des questions.
  • La contrepartie exacte. Qui signe le contrat de réservation, qui détient le permis de construire, qui porte le foncier. Un montage où le vendeur du terrain, le promoteur et le maître d’ouvrage sont trois entités différentes se lit avant la signature, pas après.
  • Le type de garantie financière. Exigez par priorité une garantie extrinsèque, portée par une banque, un assureur ou un établissement financier habilité. Une garantie intrinsèque déplace le risque sur vous, puisqu’elle repose sur des conditions internes à l’opération.
  • L’attestation de garantie, lue ligne à ligne. Nom du garant, montant garanti, opération concernée, date de prise d’effet. Une garantie annoncée oralement en rendez-vous de vente n’a aucune valeur si la pièce n’est pas produite avant la signature.
  • L’attestation d’assurance dommages-ouvrage, souscrite avant l’ouverture de tout chantier. Son absence à ce stade est un signal fort, car elle conditionne la réparation des désordres les plus graves, y compris ceux qui apparaîtraient après une reprise par un tiers.
  • Quatre clauses du contrat de réservation : échéancier d’appel de fonds, pénalités de retard de livraison, conditions suspensives (obtention du prêt, permis purgé de tout recours), modalités de réception. Un échéancier plus agressif que les plafonds légaux se repère en dix minutes.
  • L’échéancier légal comme bouclier. Chaque étape est plafonnée : dépôt de garantie à la réservation, puis fondations, mise hors d’eau, achèvement, solde à la réception. Un promoteur qui demande plus tôt que prévu vous signale un besoin de trésorerie. C’est précisément l’information recherchée.
  • Jamais de paiement hors notaire. Les fonds d’une VEFA transitent par le notaire rédacteur, jamais directement sur le compte du promoteur. Un virement direct réclamé en cours de route est un signal d’alerte majeur.

Sur les questions à poser en rendez-vous de vente, la liste des questions à poser au promoteur avant de réserver un appartement neuf donne un ordre de passage utile. Et si les conditions suspensives ne sont pas levées, les cas de résiliation du contrat de réservation et de récupération du dépôt de garantie précisent ce que vous pouvez exiger.

Garantie d’achèvement ou garantie de remboursement : laquelle vous couvre, et comment la déclencher ?

Ouvrez votre contrat de réservation et cherchez le nom du garant avant de lire la suite. Trois mécanismes coexistent, et ils ne vous protègent pas au même niveau.

La garantie de remboursement : si la défaillance du promoteur empêche l’achèvement, l’acte de vente est annulé et l’établissement financier qui garantit restitue les sommes versées. La garantie d’achèvement extrinsèque : un établissement financier s’engage à faire achever l’immeuble, soit en se substituant au promoteur, soit en mandatant une entreprise de construction, soit en mettant à disposition les fonds nécessaires. C’est la meilleure protection pour l’acquéreur. La garantie d’achèvement intrinsèque n’existe que dans deux cas : immeuble hors d’eau et hors gel, libre de tout gage, ou fondations achevées et au moins 75 % du montant du programme bloqués sur un compte dédié. Demandez lequel des deux est rempli, et la preuve écrite.

Point de comparaison Garantie d’achèvement extrinsèque Garantie d’achèvement intrinsèque
Qui s’engage Un établissement financier, extérieur au promoteur Le promoteur, via son patrimoine ou un compte bloqué
Conditions d’ouverture Aucune condition d’avancement à démontrer Hors d’eau et hors gel libre de tout gage, ou fondations achevées et 75 % du montant bloqués
Ce que vous obtenez Substitution, mandat à une entreprise de construction ou mise à disposition des fonds Achèvement par le promoteur, sans tiers garant à solliciter
Pièce à réclamer Attestation de garantie nominative remise avant la signature Justificatif du cas rempli et preuve du blocage ou de l’absence de gage
Point faible Le garant arbitre entre achever et rembourser Vous dépendez de la solidité financière de celui qui est en difficulté

Le stade du chantier pèse sur cet arbitrage. Ce que le garant compare, c’est le coût de la reprise au montant qu’il lui reste à débloquer : plus l’immeuble est avancé, plus la somme nécessaire pour finir se rapproche de ce qu’il devrait de toute façon verser, et plus il a intérêt à financer la suite ; plus la défaillance tombe tôt, plus l’écart se creuse et plus le remboursement devient la sortie la moins coûteuse pour lui. Votre contrat ne vous promet pas l’issue qu’il préférerait, il vous garantit que l’une des deux aboutira.

La mise en jeu ne se fait pas au téléphone

Elle passe presque toujours par une mise en demeure adressée au garant en lettre recommandée avec accusé de réception. Le garant ne se saisit pas d’office d’une situation qu’il ignore. Joignez le dossier complet : contrat de réservation avec l’échéancier, appels de fonds reçus, justificatifs de chaque versement, attestation de garantie, extrait d’immatriculation ou jugement de procédure collective, constat d’arrêt du chantier établi par un commissaire de justice, attestation de non-achèvement. C’est cette pièce qui accélère ou bloque tout le dossier.

Le garant décide seul, et pas instantanément

Il dispose d’un délai pour analyser la situation et choisir entre rembourser et faire achever. Comprendre qu’il a ce choix, et qu’il tranche sans vous, évite de lire sa réponse comme une trahison.

Si la défaillance survient après la réception

La question change de nature : garantie de parfait achèvement sur un an, avec signalement au procès-verbal de livraison ou par lettre recommandée ; garantie biennale de bon fonctionnement sur le second œuvre ; garantie décennale sur les désordres rendant le logement inhabitable. L’assurance dommages-ouvrage se déclenche dans un délai bref après la déclaration de sinistre, sans attendre l’issue d’une procédure contre le promoteur.

Faut-il continuer à payer les appels de fonds quand le promoteur vacille ?

La réponse n’est ni oui ni non : elle dépend de ce à quoi le versement est adossé.

  1. Le principe. Tant que l’opération continue, un appel de fonds reste dû, mais seulement s’il correspond à une tranche réellement réalisée et certifiée. Un appel envoyé sans état d’avancement, ou avant l’étape contractuelle prévue, ne se paie pas sur parole.
  2. Le réflexe à acquérir. Demandez systématiquement l’état d’avancement des travaux et sa justification (constat, attestation du maître d’œuvre, procès-verbal d’huissier) avant chaque versement, et conservez cette correspondance. Elle vaudra de l’or si la situation dégénère.
  3. Redressement ou liquidation. En redressement, les appels de fonds demeurent en principe exigibles dans le cadre du plan de continuation, surtout si un administrateur est désigné et que le chantier redémarre. En liquidation avec arrêt du chantier, la logique s’inverse : plus de contrepartie, plus de versement, on bascule sur la garantie.
  4. Le premier courrier utile part vers le notaire. C’est lui qui détient les fonds et les libère au promoteur. Demandez-lui par écrit de suspendre toute libération et de consigner. Avant même le garant, c’est le seul interlocuteur qui puisse encore immobiliser l’argent.
  5. L’argent déjà versé n’est pas volatilisé. Chaque somme correspond à une fraction de l’immeuble transférée, ce qui explique qu’un chantier à l’arrêt conserve une valeur et que les acquéreurs puissent collectivement peser sur la suite.
  6. Ce que vous risquez en cessant de payer sans motif. Mise en demeure du promoteur, pénalités, résolution du contrat à vos torts et perte du bénéfice de la garantie. La règle : ne jamais suspendre unilatéralement, mais suspendre après avoir écrit, motivé et documenté.

Prenons une hypothèse ouverte : un acquéreur ayant versé 40 % du prix reçoit un nouvel appel de fonds après six mois d’arrêt de chantier. Deux questions à trancher par écrit avant tout versement : à quelle étape contractuelle cet appel correspond-il, et que prouve le promoteur de l’avancement réel ? Sans réponse écrite, sa position est intenable ; avec une réponse, elle devient un argument.

Crédit immobilier, PTZ et prêt relais : que devient votre financement si l’opération s’arrête ?

La deuxième angoisse de l’acquéreur est de rembourser un crédit pour un logement qui n’existe pas. Le point de départ est technique : le prêt VEFA est débloqué par tranches, calées sur les appels de fonds. Un chantier arrêté signifie des déblocages suspendus, car la banque ne doit pas financer une tranche qui ne correspond à aucune avancée constatée.

Demander la suspension, jamais la décider

Une suspension des échéances se négocie avec votre banque, elle ne se décrète pas. Présentez-lui le dossier de défaillance et demandez par écrit un report ou un réaménagement du prêt, pièces à l’appui, puis attendez un accord formalisé. Ce que votre contrat autorise exactement, et ce qu’un juge pourrait en tirer dans votre situation, relève de l’analyse de votre conseil : faites-le vérifier avant d’écrire, plutôt que de vous appuyer sur une formule générale trouvée en ligne. Arrêter les prélèvements de sa propre initiative expose à la déchéance du terme, aux intérêts de retard et à une inscription au fichier des incidents de remboursement. La suspension négociée protège ; l’arrêt spontané détruit le dossier.

Ce que vous récupérez, ce que vous ne récupérez pas

En cas de résolution de la vente, la logique est celle du remboursement : les fonds restitués par le garant servent à solder le prêt. Les frais déjà engagés (frais de dossier, intérêts intercalaires, assurance emprunteur, éventuels frais de garantie) se discutent avec la banque et ne disparaissent pas automatiquement de l’opération. Sur le contrat d’assurance, les critères pour choisir une assurance emprunteur adaptée à une livraison à deux ans restent valables en cas de relance du chantier par un nouveau maître d’ouvrage.

PTZ, prêt relais, dispositif fiscal

Si la vente est résolue, l’opération financée n’existe plus : prévenez l’établissement gestionnaire du PTZ et régularisez, plutôt que de laisser le prêt aidé courir en silence pendant la procédure. Le prêt relais est le montage le plus exposé : il finance l’acquisition du logement neuf en attendant la vente de l’ancien, et c’est le produit de cette vente qui doit le rembourser, selon une échéance fixe inscrite au contrat. Si le chantier s’arrête, cette échéance arrive sans que l’ancien bien ait été vendu dans les conditions prévues, et sans que le nouveau logement existe ; la prorogation se négocie avant l’échéance, pas après.

Investissement locatif

Un avantage adossé au logement suppose une livraison : engagement de location d’un dispositif fiscal, statut LMNP, ou taux de TVA réduit de 5,5 % pour une résidence principale. En cas de défaillance, l’avantage n’est pas seulement perdu, il doit être régularisé. À vérifier avant tout arbitrage patrimonial.

Casques de chantier et plans sur une table de chantier, reprise des travaux par le garant
Casques de chantier et plans sur une table de chantier, reprise des travaux par le garant

Remboursement ou reprise du chantier par le garant : comment trancher ?

Le garant choisit entre rembourser les sommes versées et faire achever l’immeuble, souvent en mandatant un autre promoteur ou une entreprise de construction. Votre préférence ne le lie pas, mais la faire connaître tôt et par écrit pèse sur l’arbitrage.

  • Option remboursement. Vous récupérez votre mise, mais vous perdez le logement, les délais déjà écoulés et le bénéfice d’un prix signé deux ou trois ans plus tôt. Sur un marché où les prix du neuf ont évolué, un remboursement intégral ne permet pas nécessairement de racheter un bien équivalent. C’est l’argument central, et il s’évalue programme par programme.
  • Option reprise du chantier. Vous conservez le prix et le bien, mais acceptez un calendrier décalé, un nouvel interlocuteur, parfois des prestations revues ou des finitions différentes. Trois points à négocier explicitement : un avenant écrit au contrat initial, le maintien des pénalités de retard, les modalités de réception avec le nouveau maître d’ouvrage.
  • La décision est rarement individuelle. Un garant qui reprend un programme le fait pour l’ensemble des acquéreurs. Un acquéreur isolé qui exige son remboursement peut se retrouver minoritaire et bloqué, d’où l’intérêt d’une position commune arrêtée très tôt.
  • Ce que la reprise change après la livraison. Les garanties légales courent à compter de la réception effective, et la dommages-ouvrage déjà souscrite continue de produire ses effets. Vérifiez qui sera maître d’ouvrage à la réception, car c’est lui qui portera les garanties ensuite.
  • Ce qu’il ne faut jamais signer dans la précipitation. Une renonciation à recours, un avenant qui supprime les pénalités de retard, une réception avec des réserves rédigées à la hâte pour permettre au garant de clore son dossier.
  • Une alternative à étudier si vous ne voulez plus du bien. La cession de contrat VEFA avant livraison a ses propres contraintes, notamment l’accord du promoteur, mais elle mérite d’être chiffrée avant de réclamer un remboursement.

Hypothèse à poser à plat : un programme de trente logements dont la reprise est annoncée avec huit mois de retard supplémentaire. Le calcul n’est pas seulement financier : il inclut le coût du relogement pendant ces huit mois, la valeur du prix d’achat immobilisé et le risque d’une nouvelle défaillance de l’entreprise repreneuse.

Mandataire liquidateur et déclaration de créance : ce qu’il faut faire, dans quel ordre

La procédure est écrite, mais elle s’exécute. Voici l’ordre des opérations.

  1. Déclarer sa créance auprès du mandataire liquidateur dans le délai fixé par le jugement d’ouverture, en principe deux mois à compter de la publication au BODACC, en vérifiant la date exacte annoncée dans ce jugement. C’est cette date qui compte, pas celle que vous croyez avoir lue ailleurs.
  2. Déclarer même si le garant vous remboursee. Le remboursement opère une subrogation : le garant se retourne ensuite contre la procédure. Si vous n’avez rien déclaré, votre situation devient plus fragile et vous perdez le droit de réclamer les accessoires non couverts par la garantie, notamment les pénalités de retard, le préjudice de jouissance et les frais annexes.
  3. Constituer le dossier. Identité, montant des sommes versées ventilées par appel de fonds, copie du contrat de réservation et de l’échéancier, justificatifs de paiement, montant des pénalités de retard réclamées, intitulé exact de la société débitrice. Une créance mal libellée au nom du groupe plutôt que de la SCI de promotion retarde tout.
  4. Ne pas compter sur le rattrapage. Une demande de relevé de forclusion existe, mais elle suppose de démontrer que le défaut de déclaration n’est pas de votre fait.

Encadré vocabulaire : six mots qui débloquent les courriers

  • Administrateur judiciaire : désigné en redressement, il surveille ou gère l’activité qui continue.
  • Mandataire puis liquidateur judiciaire : il réalise l’actif et paie les créanciers selon l’ordre légal.
  • Créance chirographaire : créance non privilégiée, remboursée après les créanciers garantis.
  • Subrogation : le garant qui vous indemnise prend votre place dans la procédure.
  • Forclusion : perte du droit d’agir faute d’avoir déclaré dans le délai.
  • Relevé de forclusion : demande de réouverture de ce droit, sous conditions strictes.

Le liquidateur n’est pas votre adversaire, mais il n’est pas là pour finir le chantier : attendre de lui qu’il relance les travaux, c’est perdre le temps utile. Selon les situations, des recours existent contre les dirigeants ou pour faire étendre la procédure en cas de faute de gestion. C’est du ressort d’un avocat, mais sachez que la voie existe avant de considérer le dossier clos.

Chantier abandonné : ce que la mairie peut faire, et ce que les acquéreurs doivent faire ensemble

Le bâti reste debout, et la question devient celle des responsabilités de voisinage. Le maire peut agir sur le fondement de ses pouvoirs de police : mise en demeure de sécuriser ou de démolir une construction menaçant ruine, puis exécution d’office aux frais du responsable. Tout dépend de l’identification de ce responsable.

L’argument à connaître

Le Conseil d’État a jugé le 28 septembre 2020 (n° 426290) que, jusqu’à la réception des travaux, le promoteur conserve son rôle de maître d’ouvrage : les acquéreurs d’une VEFA dont le promoteur a été liquidé ne peuvent pas se voir imposer la charge de la démolition de l’immeuble abandonné. C’est un argument solide à faire valoir par votre conseil, jamais à plaider seul.

Ce que la collectivité peut décider sans vous

Arrêté de péril, sécurisation du site, clôture, interdiction d’accès. Ces décisions se prennent sans les acquéreurs, ce qui rend la veille sur les arrêtés municipaux indispensable : un arrêté affiché sans réaction peut devenir une facture.

Copropriété sans syndic

Avant la réception, le règlement de copropriété et le syndicat ne fonctionnent pas normalement. Il faut donc créer une organisation d’acquéreurs, se doter d’un mandataire commun et d’un compte dédié, puis écrire collectivement au garant, au notaire, au liquidateur et à la mairie. Une adresse unique et un dossier partagé changent le rapport de force.

Points de vigilance matériels

Gardiennage, risque de squatters ou de dégradations, assurance du bâtiment en cours de construction, continuité des garanties. Un immeuble inachevé non surveillé se dégrade vite et complique la reprise par un tiers.

Ce qui ne se fait pas : accepter une réception partielle improvisée sous pression, ou payer des travaux de sécurisation qui relèvent du maître d’ouvrage sans cadrage juridique préalable. Ces décisions engagent tous les acquéreurs du programme : elles se prennent en réunion, consignées par écrit et portées par le mandataire commun, jamais en tête-à-tête avec le liquidateur.

Vos réflexes dès maintenant : la checklist de l’acquéreur en VEFA

Cette semaine. Relisez votre contrat de réservation et identifiez trois éléments : le nom exact du garant, le type de garantie, l’échéancier. Écrivez au notaire pour demander la suspension des libérations de fonds. Regroupez tous les appels de fonds et justificatifs dans un dossier unique, daté.

Ce mois-ci. Envoyez la mise en demeure au garant en recommandé avec accusé de réception et l’ensemble des pièces. Suivez la date de publication au BODACC. Déclarez votre créance au mandataire dans le délai fixé par le jugement. Prévenez votre banque par écrit pour demander la suspension des déblocages et, le cas échéant, des échéances.

En continu. Rapprochez-vous des autres acquéreurs, mandatez un conseil commun, surveillez les arrêtés municipaux et l’état réel du site, et ne signez rien sans relecture. Un dossier individuel se perd dans une procédure collective ; vingt dossiers identiques portés par le même conseil se traitent autrement.

Vous n’avez pas encore signé : trois questions à poser avant tout

Quelle garantie financière couvre ce programme, et pouvez-vous me remettre l’attestation du garant avant la signature ? Qui signe le contrat de réservation, et cette société porte-t-elle bien cette opération ? L’assurance dommages-ouvrage est-elle souscrite, et à quelle date ? Si l’une de ces trois réponses reste orale, considérez que la question n’a pas été traitée.

Une VEFA reste un achat sûr lorsque la garantie est extrinsèque, que l’échéancier respecte les plafonds légaux, que les fonds passent par le notaire et que vous conservez la trace écrite de chaque étape. Ces quatre vérifications se font en amont, en quelques heures, et c’est tout ce qui sépare une inquiétude passagère d’un contentieux de plusieurs années.

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Immeuble inachevé derrière une clôture de chantier dans un quartier résidentiel français
Immeuble inachevé derrière une clôture de chantier dans un quartier résidentiel français

Questions fréquentes

Le garant est-il obligé de rembourser si je préfère l’argent à l’appartement ?

Non. Le garant arbitre entre le remboursement des sommes versées et l’achèvement de l’immeuble par un tiers qu’il mandate, et votre préférence ne le lie pas. Faites-la connaître par écrit et très tôt pour peser sur la décision, puisqu’un garant qui reprend un programme agit pour l’ensemble des acquéreurs et non acquéreur par acquéreur.

Faut-il déclarer sa créance même si le garant rembourse les sommes versées ?

Oui. Le remboursement par le garant opère une subrogation : le garant se retourne ensuite contre la procédure collective. Si vous ne déclarez rien, vous perdez le droit de réclamer les accessoires que la garantie ne couvre pas, comme les pénalités de retard, le préjudice de jouissance et les frais annexes.

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