La plus-value immobilière sur un appartement neuf se calcule en soustrayant le prix d’acquisition (majoré de certains frais) du prix de vente, puis en appliquant deux abattements distincts liés à la durée de détention : l’un pour l’impôt sur le revenu, l’autre pour les prélèvements sociaux. Concrètement, le montant taxable diminue progressivement à partir de la 6e année de détention et s’annule totalement après 22 ans pour l’impôt (30 ans pour les prélèvements sociaux). Dans le neuf, quelques particularités — date de départ du délai, frais d’acquisition réduits, absence de travaux récents — modifient sensiblement le calcul par rapport à un bien ancien.
La formule de calcul de la plus-value brute
La plus-value brute correspond à la différence entre le prix de vente (net des frais de cession, comme les diagnostics obligatoires) et le prix d’acquisition. Ce prix d’acquisition peut être majoré de plusieurs éléments qui viennent réduire mécaniquement le montant imposable :
- les frais d’acquisition (frais de notaire, droits d’enregistrement), réels ou forfaitaires à 7,5% du prix d’achat ;
- les frais de travaux d’amélioration, réels sur factures ou forfaitaires à 15% du prix d’achat si le bien est détenu depuis plus de 5 ans ;
- les frais de voirie, réseaux et distribution le cas échéant.
Une fois cette plus-value brute obtenue, on lui applique les abattements pour durée de détention, séparément pour l’impôt sur le revenu (taux de 19%) et pour les prélèvements sociaux (taux de 17,2%). Une surtaxe additionnelle de 2% à 6% s’applique en plus si la plus-value nette imposable dépasse 50 000 €.

Le prix d’acquisition en VEFA : ce qui diffère de l’ancien
Pour un appartement acheté en VEFA, le prix d’acquisition à retenir est celui indiqué dans l’acte authentique de vente, TVA incluse, et non le montant du contrat de réservation. Le délai de détention, lui, ne commence pas non plus au dépôt de garantie : il court à partir de la date de signature de l’acte définitif chez le notaire, même si l’appartement a été livré plusieurs mois plus tard.
Des frais d’acquisition mécaniquement plus faibles
Dans le neuf, les frais de notaire tournent autour de 2 à 3% du prix d’achat, contre 7 à 8% dans l’ancien, puisque la TVA a déjà été acquittée lors de l’achat. Cette différence a un effet direct sur le calcul de la plus-value : le forfait de 7,5% appliqué automatiquement (sans justificatif) est presque toujours plus avantageux que les frais réels dans le neuf, alors que dans l’ancien il faut souvent comparer les deux méthodes.
Par exemple, pour un appartement neuf acheté 300 000 € avec 7 500 € de frais de notaire réels, retenir le forfait de 7,5% (22 500 €) permet de majorer le prix d’acquisition de 15 000 € supplémentaires par rapport aux frais réels — un gain purement mécanique.
L’abattement pour durée de détention, année par année
L’abattement pour durée de détention est le principal levier de réduction de la plus-value dans le temps. Il fonctionne selon deux barèmes distincts, ce qui explique pourquoi la fiscalité de la plus-value ne s’annule pas au même moment pour l’impôt sur le revenu et pour les prélèvements sociaux.
Impôt sur le revenu (19%)
Aucun abattement avant 6 ans de détention. Puis 6% par an de la 6e à la 21e année, et 4% supplémentaires la 22e année : l’exonération totale d’impôt sur le revenu est donc atteinte après 22 ans de détention.
Prélèvements sociaux (17,2%)
Le rythme est plus lent : 1,65% par an de la 6e à la 21e année, 1,60% la 22e année, puis 9% par an de la 23e à la 30e année. L’exonération totale des prélèvements sociaux n’intervient donc qu’après 30 ans de détention.
Concrètement, un propriétaire qui revend son appartement neuf après 15 ans de détention bénéficie d’un abattement de 60% sur l’impôt sur le revenu (10 années x 6%) mais seulement de 16,5% sur les prélèvements sociaux (10 années x 1,65%).

L’exonération totale pour résidence principale
Si l’appartement neuf revendu constituait la résidence principale du vendeur au jour de la cession, la plus-value est totalement exonérée, quelle que soit la durée de détention. Cette exonération s’applique aussi si le logement était encore la résidence principale au moment de la mise en vente, sous réserve d’un délai de vente jugé raisonnable (généralement un an) après le départ effectif.
Cette règle est particulièrement pertinente pour les primo-accédants qui achètent en VEFA pour y vivre puis revendent quelques années plus tard pour un projet plus grand : aucune fiscalité sur la plus-value, même en cas de revente au bout de 2 ou 3 ans seulement. C’est l’un des grands avantages fiscaux de l’accession à la propriété par rapport à l’investissement locatif, où l’exonération dépend uniquement de la durée de détention.
Simulation concrète sur un appartement neuf
Prenons le cas d’un investisseur ayant acheté un appartement neuf 280 000 € en VEFA, revendu 340 000 € après 12 ans de détention. Sans travaux déductibles, le calcul se déroule ainsi :
- Prix d’acquisition majoré du forfait 7,5% : 280 000 € + 21 000 € = 301 000 €
- Plus-value brute : 340 000 € − 301 000 € = 39 000 €
- Abattement IR (7 ans x 6% = 42%) : plus-value nette IR = 39 000 € x 58% = 22 620 € → impôt de 19% = 4 297 €
- Abattement prélèvements sociaux (7 ans x 1,65% = 11,55%) : plus-value nette PS = 39 000 € x 88,45% = 34 496 € → prélèvements de 17,2% = 5 933 €
La fiscalité totale s’élève ici à environ 10 230 €, soit un taux effectif de 26% sur la plus-value brute — bien inférieur au taux nominal cumulé de 36,2%, uniquement grâce aux abattements de durée. Ce type de simulation est particulièrement utile avant de vendre un bien acquis via des programmes comme ceux du secteur d’Ivry-sur-Seine ou de La Courneuve, où les valorisations récentes peuvent générer des plus-values significatives.

Les leviers légaux pour réduire la plus-value
Attendre les paliers d’abattement
Décaler une revente de quelques mois pour franchir un seuil d’année pleine peut faire économiser plusieurs points d’abattement, surtout entre la 15e et la 22e année où l’écart devient significatif sur l’impôt sur le revenu.
Déduire des travaux réels plutôt que le forfait
Le forfait de 15% pour travaux ne s’applique qu’après 5 ans de détention et uniquement si aucune déduction de charges n’a déjà été pratiquée. Dans un logement neuf, les travaux d’amélioration réalisés après livraison (extension, réaménagement complet) peuvent être déduits pour leur montant réel si les factures d’entreprises sont conservées — attention, les travaux déjà inclus dans le prix de vente initial du promoteur ne sont jamais déductibles une seconde fois.
Envisager la donation avant cession
Transmettre le bien par donation avant une revente permet de purger la plus-value latente, car la base de calcul redémarre sur la valeur au jour de la donation. Cette stratégie, souvent utilisée en famille, doit être étudiée avec un notaire compte tenu des droits de donation applicables.
Privilégier la résidence principale quand c’est possible
Occuper effectivement le logement comme résidence principale avant une cession reste le moyen le plus radical d’annuler toute fiscalité sur la plus-value, sans condition de durée de détention.
Déclaration et paiement : le rôle du notaire
Contrairement à l’impôt sur le revenu classique, la plus-value immobilière n’est pas déclarée ni payée directement par le vendeur : c’est le notaire qui calcule le montant dû, le prélève sur le prix de vente au moment de la signature de l’acte, et le reverse à l’administration fiscale. Le vendeur reçoit donc le prix de vente net de cette fiscalité, ce qui simplifie la gestion mais impose de bien anticiper le montant pour ne pas être surpris au moment du virement final.
Il est donc conseillé de faire réaliser une simulation par le notaire ou un conseiller quelques semaines avant la signature du compromis, notamment lorsque le bien a été acheté via un dispositif comme le Pinel, où des engagements locatifs passés peuvent avoir des conséquences fiscales croisées avec la revente.
